On a tous autour de nous quelqu'un qui répète le même schéma. Cela peut même être nous-mêmes. La personne qui enchaîne les relations avec des gens distants. Celle qui tombe toujours sur quelqu'un d'instable. Celle qui se retrouve systématiquement à donner plus qu'elle ne reçoit, et qui, à chaque fois, pense que c'est de la malchance.

Sauf que ce n'est pas forcément le cas.

Ce qu'on ne dit pas assez, c'est que nos choix amoureux ne sont pas vraiment des choix conscients. Ils sont guidés par quelque chose de beaucoup plus profond : une familiarité émotionnelle qu'on a construite très tôt, bien avant nos premières relations amoureuses.

On est attiré par ce qu'on connaît. Pas ce qu'on aime forcément mais ce qui nous est familier.

Si on a grandi dans un environnement où l'amour était imprévisible, chaud puis froid, présent puis absent, on va inconsciemment reproduire cette dynamique à l'âge adulte. Non pas parce qu'on aime souffrir. Mais parce que c'est ce qui nous semble normal. Familier. Presque rassurant, même quand c'est douloureux.

Et c'est pour ça qu'on peut rencontrer quelqu'un de stable, de doux, de disponible, et ressentir… rien. Ou pire, trouver ça ennuyeux. Alors qu'on devrait se sentir apaisé à ses côtés.

J'ai rencontré une fille à qui j'expliquais ce mécanisme justement, et qui m'a interpellée sur le fait qu'elle avait eu une enfance stable, des parents présents, une famille aimante et que pourtant elle tombait systématiquement sur des partenaires indisponibles. Elle m'a dit exactement ça : « Je comprends pas. J'ai pas eu de trauma, j'ai pas souffert étant petite. Alors pourquoi je suis attirée que par des mecs qui ne sont pas disponibles ? »

C'est une question légitime. Parce qu'on a tendance à croire que ces schémas-là, c'est pour ceux qui ont eu une enfance difficile effectivement. Que si on a été aimé correctement, on devrait être épargné.

Mais la familiarité émotionnelle ne vient pas uniquement de la douleur. Elle vient de ce qu'on a appris à reconnaître comme de l'amour. Et parfois, même dans des familles bienveillantes, il y a des dynamiques subtiles qui s'installent sans qu'on s'en rende compte. Un parent légèrement pudique avec les émotions. Un amour très présent mais peu exprimé verbalement. Une atmosphère où on ne parle pas vraiment de ce qu'on ressent. Rien de traumatisant. Mais suffisamment pour qu'on intègre une certaine idée de ce à quoi ressemble le lien avec quelqu'un.

Et à l'âge adulte, on va chercher cette familiarité-là. Pas la souffrance. Juste ce qu'on connaît.

Ce n'est pas un défaut. Ce n'est pas une condamnation non plus. C'est juste un mécanisme. Et comme j'ai l'habitude de le dire, un mécanisme qu'on comprend, on peut commencer à le changer.

Changer ce schéma commence par une prise de conscience simple mais inconfortable : regarder honnêtement le type de personnes qu'on a choisi jusqu'ici. Pas pour se juger. Mais pour comprendre ce qu'on cherchait vraiment en elles. La validation ? La conquête ? La familiarité d'une dynamique connue ?

Ce travail-là prend du temps. Mais il change tout.